Pour avoir dit non. Actes de refus dans la guerre d’Algérie

Hélène Bracco (éditions Paris Méditerranée). avec Hélène Bracco, André Bernard, Jean Lagrave, Anita Bernard.
samedi 1er mars 2008
par  CP
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1954. La “ guerre sans nom ”, la “ pacification ”, la révolution algérienne, la guerre d’Algérie commence. Les effectifs militaires sur place vont doubler. Combien d’appelés ont alors refusé de partir et de participer à la guerre coloniale ? Quelles étaient leurs motivations, leurs raisons, politiques ou morales ?

La propagande de l’époque tenait un rôle essentiel pour museler une opinion publique — encore marquée par l’imaginaire de la Résistance et de la Libération. La propagande martelait qu’il n’était pas question de guerre en Algérie, encore moins de libération pour l’indépendance, mais de la “ pacification ” de provinces françaises.

L’Algérie avait un statut à part dans l’empire colonial, l’Algérie était française, même si les habitants algériens n’étaient pas considérés comme citoyens, mais comme sujets : “ Manifestant une tendance marquée pour le mensonge et l’insolence, ils sont soumis à une impulsivité criminelle qui les rend dangereux. L’origine de ces traits est à rechercher dans une immaturité génétiquement fixée du développement cérébral… Dans cette logique, ces primitifs ne peuvent ni ne doivent bénéficier des progrès de la civilisation européenne.

C’est ce que l’on pouvait lire à la fin des années 1950 dans les textes proposés aux étudiants, à propos des autochtones ? Des “ indigènes ” ? Des “ bicots ” ? Des “ bougnoules ” ? Des “ crouilles ” ? Le racisme était fertile en dénominations dévalorisantes et humiliantes, la méconnaissance de la culture algérienne et berbère faisait le reste.

La propagande militariste était aussi efficace et ne dissimulait pas ses objectifs, notamment dans les manuels scolaires : “ Si l’écolier n’emporte pas avec lui le vivant souvenir de nos gloires nationales, s’il ne voit pas que ses ancêtres ont combattu sur mille champs de batailles pour de nobles causes. […] S’il ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil, l’institution aura perdu son temps. ” Et, pour conclure, on pouvait lire dans une autre édition : “ Un Français nonchalant et mou serait l’équivalent d’un mauvais soldat, et le fainéant d’un déserteur…

La lutte anticoloniale contre cette guerre, le refus d’y participer n’étaient pas faciles dans un contexte historique dominé ainsi par la propagande, le mépris de la population algérienne et berbère, la censure, l’ignorance de la situation sur place, contexte que décrit Hélène Bracco dans Pour avoir dit non. Actes de refus dans la guerre d’Algérie .

Refuser de partir à l’armée était lourd de conséquences, malgré les convictions ou l’engagement politique. Alors, combien voudront affronter
ce refus, les condamnations, la prison, l’exil Pour avoir dit non ?

Le statut d’objecteur ne sera reconnu qu’en 1963 — un an après la fin de
la guerre coloniale. Un statut qui refuse la violence et prône : “ résistance à la militarisation et à toute logique de guerre, opposition aux ventes d’armes, actions pour la réduction du budget militaire au profit des secteurs de l’enseignement et de la santé, recherche d’alternatives de défense civile non-violente.

Après l’amnistie — qui a bénéficié aussi aux putchistes et à l’OAS —, les réfractaires ont-ils été réhabilités ? Et après plus de quarante ans, leur lutte est-elle reconnue dans l’histoire de la guerre coloniale d’Algérie ?