Les fils de la nuit. Souvenirs de la guerre d’Espagne

Antoine Gimenez & les Giménologues (coédition Giménologues/L’Insomniaque)
dimanche 27 janvier 2008
par  CP
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1936-1938. Antoine Gimenez dans la révolution espagnole bientôt « dévorée » par la guerre, pour reprendre en partie le titre d’Henri Paechter, Espagne 1936-1937. La guerre dévore la révolution (Spartacus).

Le journal d’Antoine Gimenez — Souvenirs de la guerre d’Espagne — relate, reflète d’abord l’élan formidable qu’a représenté 1936 en Espagne.
Ces internationaux venus en Espagne d’un peu partout pour rejoindre la colonne Durruti, qui étaient-ils ?

Des insoumis, des pacifistes, des réfractaires, des révolté-e-s, des militants et des militantes portés par un désir de changement pendant ces quelques fulgurants mois qui ont suivi juillet 1936. Encore une preuve que l’utopie est possible et que le rêve actif peut renverser des siècles d’oppression.

1936 a libéré des énergies pour des remises en question aujourd’hui encore aussi fortes de sens et ancrées dans la réalité. Par exemple l’idée du mariage : « Je suis contre toutes les prostitutions, même celles qui sont légalisées par le maire et bénies par le curé. […] Le mâle a imposé la loi du plus fort et a fait de la femme un bibelot, une servante ou une bête de somme. […] Je réclame pour la moitié du genre humain le droit à la liberté de l’amour, à la libre maternité. »

Ou encore la lutte armée : « Camarades, nous sommes venus de tous les pays du monde nous battre pour une cause juste et humaine. Nous nous battons mais nous n’assassinons pas. Je ne veux pas que l’on puisse, demain, dire que le Groupe international […] était une unité de bourreaux. »

À bas les institutions, l’État et les religions outils du maintien de l’ordre et du capitalisme ! 1936…

Mais, aujourd’hui, est-ce bien différent du côté de l’ordre et de l’oppression ? Les techniques ont certes progressé — avec la télévision par exemple —, les méthodes se sont « modernisées », le jargon politicien s’est modifié, mais au fond, la nature même du pouvoir, la domination, est-ce bien différent ?

Les fils de la nuit — journal de lutte, de rencontres, de constats en direct, d’amitiés, de révolte —, permet de partager les combats, les amours d’Antoine Gimenez, de connaître toutes ces personnes qui, à la fin du bouquin, sont devenues des camarades, des compagnons et des compagnes.

La révolution espagnole est certainement l’une des expériences révolutionnaires les plus importantes du XXe siècle et la réflexion qu’elle génère l’est tout autant à travers les témoignages de ceux et celles qui ont vécu cette révolution et sont resté-es fidèles aux utopies mises en pratique.

Trois livres sont passionnants de ce point de vue : Ni l’arbre, ni la pierre de Daniel Pinòs (ACL), La raison douloureuse de Federico Gargallo Edo (Fondation des études libertaires Anselmo Lorenzo, grâce à Gloria Gargallo) et Le goût des patates douces de Vicente Marti (ACL).
Les films de la CNT, autoproduits à cette époque et redécouverts grâce à Richard Prost, sont aussi des témoignages importants de la créativité et de l’originalité en 1936 et 1937.

Aujourd’hui, Les fils de la nuit et le remarquable appareil de notes et de références biographiques qui accompagne le récit d’Antoine Gimenez offrent une vision de la dimension du bouleversement des mœurs et des mentalités, et de l’espoir que cette révolution a fait naître. Espoir qui fut à la hauteur de la répression brutale des franquistes et de la chape de plomb d’une dictature qui dura presque quarante ans.

Les fils de la nuit d’Antoine Gimenez est aussi une mémoire vivante.



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