L’Intifada entre dans sa septième année…

22 janvier 1994
jeudi 27 mars 2008
par  CP
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À une amie qui se réjouissait du processus de paix au Moyen-Orient et de l’évolution positive du problème palestinien après les accords d’Oslo de septembre 93, j’ai répondu brièvement que cela ressemble à un piège tendu aux Palestiniens et à un écran de fumée pour la bonne conscience des gouvernements occidentaux.

La situation des Palestiniens des Territoires occupés ne s’est en effet guère améliorée depuis plus de quatre mois. Les gages de paix et l’urgence de la situation dont les médias faisaient l’écho sont restés jusqu’à présent sans suite. L’espoir qui avait fleuri après la victoire électorale des travaillistes israéliens en juin 92, ce même espoir qui était réapparu au moment de la poignée de mains largement médiatisée de Arafat-Rabin le 13 septembre 1993, cet espoir de vivre une paix juste et durable dans la région est à nouveau déçu et bafoué.

Le gel des implantations israéliennes dans les Territoires occupés, l’arrêt de la confiscation des terres palestiniennes en Israël et dans les Territoires occupés, le point d’orgue à la répression, la libération des prisonniers politiques, la mise en place d’un système d’auto-administration pour les Palestiniens, autant de promesses restées lettre morte.

Dès septembre 1992, la grève de la faim des prisonniers politiques se heurte au refus des autorités militaires de discuter des revendications concernant les conditions de détention, la violence de la répression frappe pêle-mêle les participants aux manifestations de soutien pour les prisonniers et les gosses de l’Intifada.
De plus en plus nombreux sont les jeunes blessés et tués (39 enfants tués les 6 premiers mois de 1993 selon l’association israélienne pour les droits humains, Betselem). Les affrontements avec l’armée, les handicapés à vie, les parents tabassés devant leurs enfants, les maisons détruites aux missiles anti-chars, les récoltes détruites, les colons armés et tirant sur les paysans… La violence au quotidien perdure et même s’amplifie. Aujourd’hui, plus d’un mois après la date prévue pour le retrait des troupes israéliennes de Gaza et de Jéricho, qu’en est-il de cet accord de paix mythique ?

Les drapeaux palestiniens flottent dans les villes palestiniennes ; le 8 octobre, il y a eu à Jéricho ce fameux match de foot entre Palestiniens et une équipe française menée par Platini, avec hymne palestinien et retransmission sur les chaînes nationales françaises ; On parle de la création d’une police palestinienne (30 000 personnes) habilitée à mater les militants et les mômes de l’Intifada ; des poignées de mains, déclarations et deals divers…
Et que se passe-t-il en réalité sur le terrain ?
À Gaza, la tension reste insupportable. Le couvre-feu, de 20h à 4h du matin depuis la guerre du Golfe, continue. Dans la ville, pas de voierie, ni de tout-à-l’égoût dans les camps. Partout une odeur épouvantable. La libération des prisonnier-e-s politiques est retardée pour beaucoup d’entre eux, notamment les malades. [1] La liste des morts s’allonge, les enfants sont fréquemment les victimes des confrontations avec les soldats et les militants palestiniens les cibles des unités spéciales. Le nettoyage de la résistance continue.

En Cisjordanie, la confiscation des terres s’accélère, l’arrachage des arbres fruitiers et des oliviers “pour des raisons de sécurité” se banalise. Le soi-disant gel des implantations de colonies n’a jamais été qu’une promesse sur le papier. Les constructions continuent de plus belle, sur la ligne verte [2] par exemple. Les abords de Jérusalem sont méconnaissables et en l’espace de ces deux dernières années, la population palestinienne de Jérusalem-Est est devenue minoritaire.

Tout semble comme si le seul bénéficiaire des accords d’Oslo est l’État d’Israël ou son image de marque d’un point de vue international, avec l’ouverture à terme du marché des pays arabes. Face au pouvoir politique discrédité de Tunis et à une situation quotidienne intenable, le mouvement islamiste Hamas a beau jeu de recruter des adeptes. Hamas est un refuge pour ceux qui sont à bout et despérés. Pour comprendre cette réaction, il suffit de considérer une autre ambiguité des accords, le retrait de l’armée israélienne de Gaza et son redéploiement. Cela signifie un déplacement de quelques kms, mais les autorités militaires exigent pour défendre les 5 kms carrés où sont installés les colons israéliens plus de six fois cette surface. “L’occupation continue et l’armée ne se retire pas, elle se redéploie. Tant que les colons vivront ici, l’Intifada continuera. [3] L’autonomie de Gaza et de Jéricho est à court terme la création de bantoustans sous contrôle israélien.

Si l’un des enjeux des accords d’Oslo était de stopper l’Intifada, d’enrayer un mouvement de désobéissance civile difficile à contrôler par les militaires israéliens comme par l’OLP, les Palestiniens de l’intérieur ne sont pas prêts à suivre la consigne de Yasser Arafat, à savoir “mettre fin à l’Intifada”. D’ailleurs,“l’Intifada n’a pas commencé sur une décision de Yasser Arafat ou de quelque faction”, disent certains, c’est une “action populaire contre l’occupation ; elle ne peut se terminer sur décision de Yasser Arafat ou de qui que ce soit.

Dans les accords d’Oslo, les problèmes cruciaux sont passés sous silence : la question de Jérusalem, le non-retrait des troupes israéliennes des Territoires occupés, les colonies, le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ces lacunes sont la cause de nouvelles tensions entre Israël et les Palestiniens, et également parmi les Palestiniens. L’Intifada en tant que mouvement de résistance populaire tient un rôle central dans les luttes pour la reconnaissance des droits des Palestiniens dans la région, contre l’occupation et l’établissement de bantoustans en Cisjordanie. Quant aux promesses d’assistance économique (1 milliard de dollars), comment se fera la répartition, par qui ? La Banque mondiale ? !

Trois ans après la guerre “propre” du Golfe, quatre mois après le show médiatique des accords de paix, il ne reste qu’une gigantesque manipulation, une mise en scène orchestrée par les puissances occidentales au nom du fameux droit international et pour les intérêts occidentaux, c’est à dire pétroliers. Le règlement des conflits à l’américaine ? Les populations civiles d’Irak et de Palestine sont sacrifiées comme le sont d’ailleurs les populations civiles de Somalie au nom de l’ingérence humanitaire et les populations de l’ex-Yougoslavie, en particulier de la Bosnie, au nom de la non-ingérence.

Christiane Passevant (22 janvier 1994)


Appel urgent pour la libération de deux prisonniers politiques palestiniens malades

À présent que la libération des prisonniers palestiniens est sujet à négociation, il est urgent de libérer immédiatement ces deux prisonniers, les conditions d’incarcération mettant leur vie en péril. Nous sommes convaincus que s’ils étaient juifs, ils seraient libérés depuis longtemps. Tous deux sont incarcérés à la prison de Jneid, Naplouse (Cisjordanie).

Ahmad Bani Nimra, 29 ans. Condamné à 13 ans de prison, il a déjà purgé une peine de 6 ans. Il a perdu ses deux mains et un œil dans une explosion et dépend entièrement de ses compagnons de cellule, pour manger et se laver. En juillet 1993, les médecins de la PHR (Human Rights organization) ont écrit à l’administration de la prison de Naplouse, Jneid, pour obtenir son dossier médical et le faire transporter à l’hôpital de Tel Hashomer. Les autorités pénitentiaires n’ont donné aucune réponse. (Avocate : Leah Tzemel)

Sami Fawaghra, 22 ans. Condamné à 10 ans de prison, il est en incarcéré depuis deux ans. Il souffre d’épilepsie et durant les crises perd conscience. Il s’est fracturé les bras, le pied et des vertèbres au cours des crises les plus fortes. Ce qui rend insupportable son incarcération et celle de ses compagnons de cellule. Sa vie est en danger. PHR écrit à Jneid depuis septembre 1993 pour obtenir le dossier médical du prisonnier et permettre à un neurologiste de l’hôpital Maqassed de l’examiner en prison. Aucune réponse ne leur a été adressée. (Avocat : Ibrahim Nassar)

(Campagne lancée par le Freedom Defense Institute (association des droits de l’homme à Jérusalem-Est) et Hanitzotz/A-Sharara.
Envoi de cartes postales demandant la libération de Ahmed Bani Nimra et Sami Fawaghra à :
Yitzhak Rabin, ministre israélien de la Défense, Hakirya Tel Aviv. Israël.


[1Challenge, n° 22, décembre 1993.

[2Ligne de démarcation entre Israël et les Territoires occupés par Israël en 1967.

[3Walid Salem, News From Within, janvier 1994.