La fin du travail et la mondialisation. Idéologie et réalité sociale de Denis Collin (L’Harmattan)

Samedi 6 juin 1998
dimanche 28 décembre 2008
par  CP
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Le foot, le foot… On entend plus que ça ! "Le monde sera rond comme un ballon" peut-on même lire dans la "presse sérieuse". Ne serait-ce pas plutôt le monde sera con comme un ballon ? Après la balle de tennis qui focalise toute l’attention, voici le ballon de foot ! Avec Jean-Pierre Garnier, nous avions fait une émission l’année dernière sur le pape, le foot et la princesse, et voilà que les "grand’ messes", comme ils disent, recommencent. Alors si nous parlions de cette idéologie dominante qui s’accomode si bien des jeux et autres beauferies consensuelles !

Avec La fin du travail et la mondialisation. Idéologie et réalité sociale de Denis Collin, nous sommes dans le vif du sujet : critique de l’idéologie dominante ou plutôt de l’idéologie de la classe dominante. "La critique est, dans son sens étymologique, le crible auquel il faut passer nos connaissances pour déterminer, parmi toutes celles que nous tenons « en notre créance », (pour parler comme Descartes,) celles qu’on peut conserver et celles qu’il faut rejeter sans pitié." ou encore "dans le sens que lui donne Kant, la critique permet de déterminer à quelles conditions un certain mode de connaissance est possible et quelles en sont les limites." Bref, la critique c’est "passer au crible un certain nombre de discours, d’écrits, de propositions."

Dans cette perspective critique, qu’est-ce que la mondialisation sinon la "division mondiale du travail" ?

"Financiarisation, mondialisation, globalisation", des termes banalisés de la "langue de bois économiste" auxquels on peut ajouter, "dégraissage", "compression du personnel", "nécessité du marché" et bien d’autres mots et métaphores qui reviennent dans les différents médias sans pour cela que leurs utilisateurs ou utilisatrices se questionnent sur ce que ces mots représentent de mal vivre ou de drames humains. "Dégraisser", le mot est particulièrement cynique, c’est quoi ? C’est virer un certain nombre d’employé-e-s pour que l’entreprise fasse plus de profit. "Compression du personnel" ? Idem. "Nécessité du marché" ? Une logique qui permet tous les abus, notamment de supprimer des acquis sociaux.

Toute cette manipulation du langage qui permet de faire avaler à ceux et à celles qui en sont victimes les décisions patronales les plus réactionnaires. Les salarié-e-s, les futurs chômeurs, comme les femmes d’ailleurs, ne sont évidemment pas "adultes", pas "responsables", mais doivent gober que la crise économique n’est pas due aux dirigeants, mais à ceux qui veulent tout et tout de suite ! Pourtant, on le sait depuis des lustres, le capitalisme fonctionne bien grâce au chômage. Alors il est plus aisé de parler de "gestion sociale de la fin de l’emploi" , de fatalité de la crise ou d’"horreur économique", ainsi l’analyse de l’idéologie comme celle de la réalité sociale passent à la trappe.