Théâtre : Souriez. Vous êtes mortels de Yoland Simon. Chansons : Jean Guidoni chante Prévert

Samedi 14 mars 2009
dimanche 15 mars 2009
par  CP
popularité : 10%

Souriez, vous êtes mortels ! de Yoland Simon.

Mise en scène Monique Surel-Tupin.

Avec Sandra Caserio et Nicolas Mourer.

Et

Jean Guidoni chante Prévert

16 et 17 mars au Vingtième Théâtre.

De la tendresse, de l’amour, de l’humour, des fous rires, des souvenirs et un mode d’emploi pour apprendre à mourir en toute sérénité.

Drôle d’annonce pour un spectacle !

Et quand je regarde l’affiche : Adam et Ève, le diable et la pomme… Et Dieu le père ?! Non, non. Pas Dieu le père !

Enfin, tout le monde est à poil ?! Mais c’est quoi ce spectacle ???

Souriez, vous êtes mortels ! Ça parle de la mort ou du péché originel, c’est-à-dire de la connaissance ?
On nous cache tout, on nous dit rien…

Non, non, je vous assure, ce n’est pas un canular, c’est une pièce à rebondissements.

Et Monique Surel-Tupin, la metteuse en scène, est là pour nous révéler les secrets de la pièce…

Mais d’abord précisions du comédien :

Ne jouez pas la mort, c’est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid aussitôt qu’il est dit
Les gens du show business vous prédiront le bide
C’est un sujet tabou pour poète maudit.

Maudits ou pas, nous l’avons fait ! Et toc ! Pas peur du froid, pas peur du bide, la compagnie La Balancelle traite la mort de tous les noms d’oiseaux, d’animaux, de crapauds, de bourricots. Comment ça vous ne comprenez pas ? Mais parce que vous êtes trop habitués aux drames lugubres, aux sinistres oraisons, aux larmoyantes élégies. Alors arrêtez de dire : « la mort, c’est triste ! » Être mort n’est pas triste, ce sont les autres qui sont tristes parce que vous êtes mort ! Alors soyez sages, tenez vous prêt à partir, Yoland Simon a écrit un guide pratique sur mesure que nous vous présentons avec enthousiasme afin de vous seconder dans vos préparatifs et de vous aiguiller (j’aime beaucoup ce mot) dans l’au-delà.

Mais si, allez, arrêtez de nier la réalité, des tas de gens meurent tous les jours, la mort nous est plus que familière ; et pourtant avouez-le, votre ignorance sur le sujet est totale : c’est donc que le secret est bien gardé ! Aucune fuite. Alors on vous le donne, le secret ; ce serait dommage de ne pas en profiter ! Et puis, on se rappellera ensemble tout ce qui a fait le sel de notre vie : nos animaux familiers, nos premiers émois à l’époque du collège, nos petits apéros du soir, nos bains de mer en été. De la tendresse, de l’amour, de l’humour, et un mode d’emploi pour apprendre à mourir en toute sérénité : franchement, elle est pas belle la vie ? Alors souriez, vous êtes mortels.

Jean Guidoni Chante Prévert

La grasse matinée

II est terrible
Le petit bruit de l’oeuf dur cassé sur un comptoir d’étain

Il est terrible ce bruit


Quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim

Elle est terrible aussi la tête de l’homme

La tête de l’homme qui a faim

Quand il se regarde à six heures du matin

Dans la glace du grand magasin

Une tête couleur de poussière

Ce n’est pas sa tête pourtant qu’il regarde

Dans la vitrine de chez Potin

Il s’en fout de sa tête l’homme


Il n’y pense pas


Il songe


Il imagine une autre tête


Une tête de veau par exemple


Avec une sauce de vinaigre


Ou une tête de n’importe quoi qui se mange

Et il remue doucement la mâchoire


Doucement


Et il grince des dents doucement


Car le monde se paye sa tête


Et il ne peut rien contre ce monde


Et il compte sur ses doigts un deux trois


Un deux trois

Cela fait trois jours qu’il n’a pas mangé

Et il a beau se répéter depuis trois jours

Ça ne peut pas durer

Ça dure

Trois jours

Trois nuits

Sans manger

Et derrière ces vitres

Ces pâtés ces bouteilles ces conserves

Poissons morts protégés par les boîtes

Boîtes protégées par les vitres

Vitres protégées par les flics

Flics protégés par la crainte

Que de barricades pour six malheureuses sardines...

Un peu plus loin le bistro


Café-crème et croissants chauds


L’homme titube


Et dans l’intérieur de sa tête un brouillard de mots


Un brouillard de mots


Sardines à manger


Oeuf dur café-crème


Café arrosé rhum

Café-crème

Café-crème


Café-crime arrosé sang !

Un homme très estimé dans son quartier

A été égorgé en plein jour l’assassin le vagabond lui a volé

Deux francs

Soit un café arrosé

Zéro franc soixante-dix deux tartines beurrées

Et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.

Il est terrible


Le petit bruit de l’oeuf dur cassé sur un comptoir d’étain


Il est terrible ce bruit


Quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim.

Jacques Prévert

Jean Guidoni chante Prévert

Étranges étrangers

Original… Surprenant… Atypique… Ce sont les mots qui reviennent souvent pour parler de Jean Guidoni et de son itinéraire artistique. Presque quarante années de chansons, de créations et toujours ce don de surprendre, d’émouvoir, de susciter la tendresse, la réflexion.

Guidoni, c’est une perpétuelle recherche et remise en question, une ouverture aussi, une curiosité sans tabou… Libertaire quoi !

J’ai assisté à l’une des répétitions de son spectacle à l’Européen en décembre dernier — aux “balances“ comme on dit dans le jargon — , j’ai pris des photos, j’ai volé des instants d’intimité créatrice, des moments sans fards ni public, lorsque le doute se mêle au plaisir de chanter, de jouer avec les musiciens, de travailler le naturel de saynètes bouleversantes, drôles aussi, enfin de goûter les textes magnifiques et ciselés de Prévert.

Prévert et ses images, Prévert et ses mots, Prévert servi par une interprétation si juste qu’on se dit : « Mais, c’est ça Prévert ! »
Justesse de ton, d’accompagnement, osmose de la musique, des textes, de la voix, de l’interprétation… Un bel album et une grande réussite.

Jean Guidoni a cette qualité rare, celle d’être intemporel. Prévert/Guidoni, l’album se fond, se confond dans une actualité terrible… Étranges étrangers — aujourd’hui, c’est le racisme institutionnalisé par des politiciens cyniques —, La grasse matinée — c’est la misère et la faim avec le terrible petit bruit de l’oeuf dur cassé sur un comptoir d’étain —, Chasse à l’enfant — c’est la politique de répression et les nouvelles lois contre les mineur-e-s… Les textes sont forts, poétiques et tranchés, terriblement ancrés dans la réalité, tendres et sans concessions… Ils prennent toute leur dimension avec l’interprétation de Jean Guidoni… Une belle personne à rencontrer, à écouter… Étranges étrangers…

Jean Guidoni chante Prévert au Vingtième théâtre le lundi 16 et le mardi 17 mars à 20 h

Après l’émission, rencontre… Serge Utgé-Royo, Jean Guidoni.